dimanche 2 septembre 2012

Le tour complet de l'UTMB demande plus qu'un bon entrainement ! En 2005 et 2006, j'avais dû avoir beaucoup de chance pour finir le tracé complet en respectivement 42 heures et 38 heures. L'écart correspondant au fait de savoir courir en permanence, de relancer et relancer encore. Pour la Petite Trotte à Léon en 2010, j'étais dans de bonnes dispositions pour aborder 100 heures de marche et trotinnage. J'avais ainsi découvert que la pratique du triathlon avec notamment le vélo (même d'appartement) pouvait contribuer largement à améliorer la vitesse d'ascension. C'est pourquoi en arrivant ce vendredi 31 aout 2012 à Chamonix, j'étais assez confiant. Fort de mes 12 heures à l'IronMan de Zurich, 45 jours auparavant. Malheureusement, nos ecrans de téléphones affichaient des sms mentionnant à 11 heures du matin, que la course serait raccourcie. Ramené à 114km et 5500D+, l'UTMB en restant en France ne ressemblait plus du tout à ce pourquoi nous étions là. Pluie, froid, neige en altitude, notre course allait ressembler à une marche hivernale et non à du trail léger et ensoleillé sur des pentes herbeuses (terme classique employé dans le Topo de la PTL !).
Qu'importe, par respect pour les organisateurs, pas de doute sur le fait de prendre le départ. Je dis respect car depuis 10 ans, les Poletti, Leon et leur équipe ont porté et fait grandir l'UTMB pour que cela devienne ce que c'est à présent : LA course trail. L'equivalent sans doute du marathon de New York. Il n'a rien de plus que les autres, mais il faut l'avoir fait une fois dans sa vie de marathonien. Il existe en effet à présent d'autres 160km et 9000D+, dans le Val d'Aoste, les Pyrénées, et bientôt autour de Grenoble avec l'UT4M. Chamonix - 00:00 (19:00) En tout cas, nous avons pris le départ, remotivés, entourés de nos familles et amis, dans une atmosphère sympa de la place de l'amitié, près de la maison des guides de Chamonix. En avant pour 114KM dans l'inconnu d'une meteo annoncée hivernale. Comme nous ne jouons pas la gagne, nous aimons partir "en dernier". Moins de bousculade et pas besoin de se laisser entrainer par le flot des 2500 coureurs qui filent en général à l'allure de 12km/h. Notre expérience nous permet d'ailleurs d'anticiper que 20 ou 24 heures seront nécessaires. Pour la TDS 2009, à kilomètres et denivelés equivalents, nous avions mis 20heures mais avec une météo plus clémente. En vieux briscards, nous descendons jusqu'au Houches le long de l'Arve à un allure de sénateur. Le ravito des Houches est plein, on se demande pourquoi les autres s'arrêtent déjà ! La pluie s'annonce. Cela tombe bien car l'air va se rafraichir, alors que nous avions tous déjà enfilé sous pull ou micro polaire et veste Gore-Tex. Autant dire que la montée au Col de Voza fut arrosée autant à 'intérieur qu'à l'exterieur de nos vestes. Erreur de débutant de la montagne... Ce n'est pas grave, nous savons que nous allons rester dans cette condition pendant toute la course (ce qui fut vrai) ! Nous montons d'un (trop) bon pas. 700m/h permet de chauffer les jambes, mais au-delà serait une seconde erreur. Il fait déjà nuit et nous entamons une descente d'enfer sur Saint Gervais. Depuis quelques années, le parcours emprunte cette voie qui une fois en bas permet rapidement de se rendre compte si on est capable de poursuivre les kilomètres restant. Je veux dire par là, que lorsque l'on a une blessure, on ne peut résister à ce début de parcours qui rappelle vite que l'UTMB n'est pas une balade de montagne et que le Trail , c'est aussi courir !
St Gervais - 3:28 de course - 20km - pos. 1739 Passés Saint Gervais, où il fait bon faire un petit stop pour manger un peu, refaire le plein d'eau, nous partons cette fois sur Les Contamines, nouveauté du parcours, plan B oblige. Peu de souvenirs, sinon que nous avons dû nous rapprocher du chalet du Truc, dans un ballet de montagnes russes. Puis, après les Contamines, nous filons sur Notre Dame la Gorge. Et passage classique de l'UTMB, avec spot bleu qui éclaire la façade, tambour et pipo. Grosse ambiance sur ce lieu du parcours qui annonce le début de la grande montée jusqu'au Col du Bonhomme. Cette fois, nous ne visons que le refuge de Balme. La montée est encore très brutale, sur des roches humides. Les souvenirs des années précédentes me reviennent instantannéement. Dejà quatre passages sur ce chemin, la mémoire des jambes existe bel et bien et nous grimpons ainsi à vive allure pour démarrer doucement mais surement notre petite remontée au classement. Nous passons 1900ème à la Balme (500 concurrents de remontés), sans le savoir mais vu que nous passons notre temps à remonter des concurrents...En tout cas, le moral est bon. D'autant que nous devons aborder ce qu'il faut bien appeler une bise avec neige qui recouvre à présent tous les champs alentour. Au ravito, il ne faut pas rester trop longtemps de peur de geler, ne pas s approcher du feu car d expérience, dès qu'on s'en écarte on repart transit. Alors vite vite, on déguste notre seconde soupe aux vermicelles de la nuit, un peu de fruits secs et une barre de céréales.
Refuge de Balme - 7:21 - 39km - pos. 1912 10 minutes max de pause et ça repart. Nous passons donc un peu au-dessus du Refuge de Balme, et abordons un carrefour de directions connues : face à nous la Croix du Bonhomme, c'est non, à gauche en direction du lac chauvin, ça c'était la PTL 2010, et donc nous prenons à droite. Les habitués que nous sommes regrettent le parcours de nuit car nous partons en direction du Col de la fenêtre et de l'aiguille Croche. Deux passages splendides que j'invite à faire en off, en famille ou en course sur la TDS. C'est absolument sublime. Mais là, il fait nuit, sans doute 1 ou 2 degrés celsus, la végétation et la roche sont recouverts d'une mince pellicule de neige. J'imagine assez facilement comment doit être la météo à 2500mètres au Col du Bonhomme. Sans doute une tempête de neige ... Alors nous sillonnons sous le mont Joly pour arriver jusqu'au col du Signal et entamons ensuite la descente sur les Contamines. Au ravito, même menu, la nourriture passe bien. Philippe prend quelques tranches de saucissons ! Quelle idée , cela va être dure à digérer. En fait , il a raison sur un point. À force de manger plutôt sucré, on sature vite. Et si l'on veut aller loin, il faut que la fonction digestive soit préservée, motivée à nous accompagner tout au long de la course. L'ecoeurement, le coup de froid sur l estomac sont les pires maux pour l ultratrail. Devoir s arrêter à cause d'une digestion capricieuse, alors que l'on s'est entraîné des mois et que les jambes vont bien, il n'y a pas pire.
Retour Les Contamines - 10:37 - 54.1km - pos. 1923 Alors que le jour pointe a présent, Je profite même de quelques minutes pour m'assoupir un peu. 5mn max, mais plutôt que de marcher en cote en titubant , autant faire une pause. Micro sommeil réparateur, pour aborder le retour sur les Houches. Nous passons bien dans le secteur du chalet du Truc, magnifique monts proches des sommets, un coin de suisse où les chalets sont tout propre et espacés. Bon, côté course, ma pause sommeil n'a pas suffit. Je laisse Philippe poursuivre et je m'assois un instant sur le banc extérieur d'une vieille bâtisse. La tête posée sur mes bâtons, les 3/4 minutes d'arrêt me font un bien fou. Réveillé par les interrogations d'autres coureurs, je me lève avec l esprit moins engourdi. Et effectivement, dans la montée qui s'annonce en direction de Bellevue au col de Voza, je refais largement mon retard sur Phiphi, permettant à présent d'imprimer un pas rapide en montée. C'est encore très boueux, froid jusqu'en haut, idem pour la redescente sur les Houches qui est une patinoire. Chacun pense à ses chevilles à ce moment là, la glissade serait alors fatale. Retour Les Houches - 15:03 - 72km - pos. 1623 Nous arrivons donc plutôt en forme pour le ravito des Houches où nous retrouvons famille et amis. Tout le monde est rassuré, nous sommes en forme, un peu refroidis et le changement des vêtements du haut est vraiment salutaire. Quelques photos, un peu de soupe, de café avec trois sucres et ça repart. Voila 15 heures que nous sommes partis, et il nous semble que nous sommes dans les temps initialement prévus. A présent , l'objectif est de rejoindre l'autre bout de la vallée de Chamonix en repassant par les balcons. Et effectivement, nous entamons une série de montagnes russes pour toute la journée.
Argentière - 20:45 - 93.38km - pos. 1576 Ce qui nous surprend, c'est surtout la forme qui commence à revenir. Après une montée, difficile de près de 800m au-dessus des Houches, nous accélérons le pas. Je me découvre une capacité en côte où je pose des paquets de coureurs. Meme Phiphi est un peu à la traine ;-) Je pense que la saison de vélo, rien qu'avec le Home Trainer porte ses fruits. Je n'ai eu que peu d'occasions de courir cette année en montagne. C'est donc forcement ce travail de fond réalisé avant le LD d'Abu Dhabi et avant l'IM de Zurich qui me permettent d'avoir des cuisses en bonne forme. A la descente, c'est Philiphi qui reprend les rennes. Il s'est découvert une technique de dérouler de jambes en se lâchant littéralement. Les racines sont des pièges dont il se joue. en tout cas, nos deux techniques nous permettent de remonter encore un peu de monde, ce qui, en fin de course, motive d'autant.
Enfin, après 22h34 de course nous passons l'arrivée. Nous finissons 1500ème sur 2400. Certes ce n'est pas un gros score, mais après une saison bien riche et une épreuve totalement remodelée, je m'en contente largement... Nous sommes comme toujours émus de revenir sur cette place de l'Amitié. D'autant que nous arrivons assez tôt pour prendre une douche, nous changer et aller dîner à l'M, avec tous nos amis, comme nous l'avions prévu la veille avec une réservation pour 20heures ! Pas facile donc de faire cette boucle de l'UTMB, tant la météo est capricieuse... La course la moins perturbée restant la PTL, ce sera peut être notre prochain défi ! Epilogue De retour sur Paris, une douleur rarissime aux tendons derrière les genoux des deux jambes me fait souffrir à chaque fois que je marche. Je décide de prendre le taureau par les cornes : - séance de compex sur les tendons le lundi matin - mardi midi, visite à mon osthéo - mercredi et vendredi, compex sur les jambes lourdes - granule d’arnica Résultats, samedi, je suis allez courir 40 minutes avec les enfants, lundi idem et je n’ai plus aucune douleur … Le bonheur !

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